Il y a des villes qu’on lit tout de suite. Et il y a Sion. Quand l’architecte de la ville nous a reçus il y a quelques mois, il nous a dit quelque chose de simple, mais qui résonne encore : « ce j’aimerais vraiment, c'est que les projets qui se construiront dorénavant soient davantage ancrés …
Il y a des villes qu’on lit tout de suite. Et il y a Sion.
Quand l’architecte de la ville nous a reçus il y a quelques mois, il nous a dit quelque chose de simple, mais qui résonne encore : « ce j’aimerais vraiment, c’est que les projets qui se construiront dorénavant soient davantage ancrés dans ce lieu. Qu’ils parlent de Sion. Pas de Genève, Lausanne ou Bâle mais de Sion, de ce qu’elle est vraiment et de son histoire. »
Pas seulement ses règlements, ses hauteurs ou ses gabarits. Comprendre son caractère.
Et ce caractère, il est double. Minéral, d’abord et Moral ensuite
Un caractère minéral
Sion est une ville de pierre.
Présente en abondance dans la région, elle a longtemps servi à construire les murs des habitations et les bâtiments publics qui façonnent le paysage encore aujourd’hui.
L’exemple le plus immédiat, c’est les deux collines qui dominent la ville : Valère et Tourbillon. Deux rochers surgis du fond de la plaine, sur lesquels les hommes ont posé des bâtiments comme s’ils ne faisaient que prolonger la roche. La basilique Notre-Dame de Valère est la continuation de la pierre sur laquelle elle est posée. Les murs épais, le mortier couleur de terre, la silhouette qui se confond avec le rocher depuis certains angles : tout cela dit la même chose.
Cette logique du matériau local, de la continuité entre le sol et le bâti, on la retrouve dans la vieille ville. Les façades du centre historique : Rue du Grand Pont et Rue de Conthey montrent un tissu compact, des cours intérieures, une densité qui n’a pas grand-chose à voir avec l’étalement périphérique des années 70 et 80. Le grain de la vieille ville est précis.
Un caractère moral
Mais Sion n’est pas qu’une géologie. C’est aussi une ville épiscopale.
Et l’une des plus anciennes de Suisse. Ça laisse des traces, et pas seulement dans les bâtiments religieux.
Cette dimension est souvent sous-estimée par les équipes extérieures qui viennent proposer des projets à Sion. On arrive avec de bonnes intentions et des références contemporaines, et on oublie que la ville a une mémoire longue. Que la ville lit le nouveau bâtiment non que pas par rapport à la production récente, mais par rapport à ce qui est là depuis des siècles..
Ce que ça change pour nous
Pour Alef Architecture, cela a une conséquence directe sur la façon de travailler. On ne peut pas aborder un projet à Sion comme on aborderait un projet sur une friche périphérique.
Ça passe par une lecture attentive du bâti existant : ses matériaux, ses proportions, sa logique de composition. Ça passe par une compréhension du rapport entre la ville et son paysage, entre la plaine et les collines. Et ça passe par une forme de modestie : accepter que le plus beau geste n’est parfois pas celui qui se voit le plus.
Sion n’est pas une ville facile. C’est une ville exigeante. Et c’est précisément ce qui la rend intéressante à habiter et à travailler, en tant qu’architecte.
